_Paule_Doucet_IMG_0806La sociologue Paule Doucet est décédée ce 25 mai 2016 et elle « voyage désormais au delà des étoiles », comme le suggère son fils Gabriel. Regardez le cosmos : ce sont ses yeux qui brillent!

J’ai eu le plaisir de travailler et de farnienter avec Paule. En 1978, elle m’a enseigné la sociologie à l’Université de Moncton. Depuis, j’ai toujours maintenu un lien avec elle, ne serait-ce que pour relayer des nouvelles entre elle et ma sœur Raymonde avec qui elle a jadis fait ses études collégiales à Moncton… ce devait être après la Guerre!

Paule était lumineuse et c’est par ses yeux que son esprit brillait. Je me souviens de l’entendre – ou plutôt la voir, car je n’y entendais que dalle – m’expliquer la théorie des classes sociales de Poulantzas, à moi qui balbutiait dans ma 2e année de socio. Elle parlait, ses yeux devenaient immenses sous ses sourcils arqués, puis elle se taisait et souriait comme si nous étions sur la même longueur d’onde. Ça me faisait chaud au cœur, même si la verte asperge que j’étais évoluait à un canyon de son savoir.

J’ai retrouvé Paule à Ottawa il y a une dizaine d’années, alors que je suis venu m’y établir comme sociologue-conseil. Nous avons buché ensemble, pour le compte de la Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, afin d’écrire un état des connaissances sur le concept de la vitalité des minorités linguistiques.

En faisant le tour des facteurs agissant sur cette vitalité, elle me rendait de longues et riches synthèses confrontant les élaborations théoriques des psychosociologues aux besoins des acteurs communautaires… que je devais réduire à quelques paragraphes, rapport oblige.

À sa table champêtre de L’Orignal, c’était équipollent. Les petits plats dans les grands, les amuse gueule, les entrées, les poissons, le vin… et bien sûr le dessert dont elle avait le péché mignon. Elle étalait sa générosité et nous réduisions en de somptueux souvenirs.

Ces derniers mois, repoussant du revers de la main le cancer qui s’insinuait, elle collectait de plus bel des données, reconstituait la mémoire de son père, préparait des manuscrits, voyageait de par le monde avec son fils et s’enthousiasmait de ce que l’avenir lui réservait.

Avait-elle prévu le cosmos? Interrogez le ciel, voyez sa brillance, elle vous répondra.

Adieux chère Paule!

Marc L. Johnson

2016-05-29