Voici notre billet paru chez Nous.blogue le 30 janvier 2019. D’autres versions de ce billet ont été publiées dans Astheur, Le Droit et l’Acadie-Nouvelle.

Par Marc L. Johnson

Photo d’Antony Xia sur Unsplash

Il y a un peu plus d’un an, le gouvernement de l’Ontario adoptait la loi créant l’Université de l’Ontario français (UOF). Cette nouvelle université, basée à Toronto, mais devant rayonner sur l’ensemble de l’Ontario, était l’aboutissement d’une aspiration entretenue depuis plusieurs décennies par la communauté franco-ontarienne. Un anniversaire un peu chaotique, il faut l’admettre!

L’UOF est la première université entièrement par et pour les francophones de l’Ontario, mais est aussi un modèle pour le 21e siècle. Elle est en effet affranchie des lourdeurs historiques et institutionnelles qui empêchent bon nombre d’universités d’être de leur temps. Elle s’inspire de quelques universités, quelques programmes et plusieurs pratiques qui, ailleurs, rompent avec les chasses gardées du «haut-savoir».

C’est pourquoi, au cours de la dernière année, une centaine de personnes d’exception issues d’universités et d’institutions du Canada et d’ailleurs dans le monde ont planché sur des approches pédagogiques innovantes et des programmes qui s’attaqueront aux grands défis de notre temps: transition numérique, transition écologique, mobilité des populations, urbanisation, mondialisation…

Les programmes qu’offrira l’Université de l’Ontario français sortent des silos disciplinaires qui enferment la connaissance et empêchent les citoyens et les leaders de trouver des solutions innovantes aux problèmes complexes d’aujourd’hui. Dans son organisation comme dans ses programmes, l’UOF intègre les principes de collaboration, d’innovation, de diversité et d’utilité sociale. Ses étudiantes et étudiants apprendront en se confrontant directement à la réalité.

L’Université de l’Ontario français tirera profit des possibilités du numérique pour réunir toutes ses étudiantes et tous ses étudiants, qu’ils soient sur place au centre-ville de Toronto, sur les campus des universités partenaires ou ailleurs dans le monde, dans des ateliers d’apprentissage que l’on nomme tiers-lieux.

Lorsque, en novembre dernier, le financement de l’UOF a été « mis sur pause », la communauté francophone de l’Ontario s’est immédiatement mise en mode résistance et la francophonie canadienne en entier a affirmé par plusieurs moyens sa solidarité.

L’UOF n’est plus un projet, mais une réalité. Elle est dotée d’un conseil de gouvernance, d’une petite équipe d’employés, d’une centaine de collaborateurs, de politiques et de règlements qui en font une institution. La mobilisation des étudiantes, étudiants et des partenaires communautaires est bien entamée. Une seconde vague de programmes, de nature plus professionnelle, qui répondent directement aux besoins du marché du travail, est en cours d’élaboration, en partenariat avec d’autres universités. Sa revue en libre accès Enjeux et société. Approches transdisciplinaires est créée.

L’UOF est en discussion avec le gouvernement de l’Ontario afin qu’il appuie de nouveau sur la touche « pause » et que le financement reprenne son cours. En attendant, l’UOF a reçu un appui financier du gouvernement fédéral afin de poursuivre son mandat communautaire, notamment de créer un Carrefour francophone du savoir et de l’innovation à Toronto. Des partenaires financiers du secteur privé et des donateurs ont aussi signifié leur intérêt.

L’existence de l’Université de l’Ontario français est certes un acquis dans le paysage universitaire ontarien, mais il s’est aussi révélé comme un nouveau maillon de la solidarité francophone pancanadienne. Alors que les institutions et les droits des francophones sont bousculés en divers coins du pays, l’UOF est un des combats qui incarnent notre emprise sur l’avenir.